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La Nuit

 
La Nuit

4.0/5 (1 vote)

Film n° 934 vu 265 fois
Ajouté le: 2018-03-06 12:58:44
par: Ngraziani
Modifié le: 2018-03-06 13:01:26
par: Ngraziani

La nuit, les princes de la ville entrent en scène. 



Notes du réalisateur

NOTE D’INTENTION.

Le thème de MP2018 est « QUEL AMOUR ». Nawyr Haoussi Jones, réalisateur marseillais et créateur de Yes We Cannes Production a eu l’idée d’un long métrage qui unirait plusieurs cinéastes locaux. Il a sélectionné 9 cinéastes marseillais dont il aimait l’univers et leur a proposé de réaliser chacun un court métrage sur le thème de l’amour à Marseille pour en faire un long métrage dans le style des films Paris, je t'aime ou New-York I love you.

Malheureusement nous n'avons pas de budget car la ville n'a pas voulu soutenir le projet, mais nous le diffusons malgré tout, notamment au cinéma LE VARIETE, le soir de l'ouverture de Marseille capitale culturelle 2018, qui aura lieu le 14 février prochain.

J’ai choisi de réaliser mon court métrage sur L’AMOUR DE LA NUIT.

Éduquée dans les valeurs de l’art traditionnel, dans le respect de l’art classique et consacré, j’ai appris à dénigrer le graffiti : ce n’est pas de l’art . En plus d’être dénué de sens et dépourvu de technique il existe uniquement lors de la dégradation de l’espace public (ou privé). Des égocentriques sans talent inondent nos murs avec des bombes afin d’y inscrire le nom qu’ils se sont approprié. Pourquoi ne pas en profiter pour faire passer un message ? Injecter de la poésie ? Bousculer les esprits ? C’est une destruction massive de ce qui nous entoure au profit d’un plaisir égoïste futile. Pourquoi prendre le risque de commettre des actions illégales ? De payer des amendes exorbitantes ? Ou pire de tomber d’un immeuble ou d’un train ? Ces gens- là ne passent pas de message, ne proposent rien qui soit beau ou poétique, bref, c’est un acte égocentrique qui n’a rien d’artistique. Pourquoi se donner tout ce mal pour aboutir à un résultat sans intérêt ?

Ma dernière rencontre amoureuse m’a alors donné l’occasion de plonger dans cet univers inconnu. J’ai eu l’occasion d’approcher de plus près le milieu du graffiti et de revenir sur mes jugements trop hâtifs : ce n’est pas une simple lubie, une manière de s’opposer obstinément à la société ; c’est une passion, un besoin. Un mot m’est soudain apparu : la foi. La mienne se trouve dans le cinéma : elle me permet d’y croire, d’abolir toutes les limites, de sauter de scène en scène, de voltiger de plan en plan. Les graffeurs que j’ai connus avaient pour moi une sorte de foi ; une foi qui leur permet de dépasser tous les obstacles, de sauter de toit en toit, de train en train, pour apposer leur « blaze », leur nom d’artiste, sur tous les supports à leur disposition.

Le graffeur choisit son blaze pour l’harmonie des lettres entre elles et non pour faire passer un message. Contrairement aux idées reçues, il n’est pas un voyou qui veut dégrader la ville, au contraire, il se l’approprie, il travaille chaque soir son dessin, l’harmonie qui lie les lettres, la couleur, le tracé. Pourquoi ? Ils ne comptent pas les heures à marcher, à arpenter les rues, dans la nuit, dans le froid. Cela demande une détermination et une patience à toute épreuve. Toutes les nuits ils recommencent, ils prennent des risques, toujours plus grands : ils escaladent les immeubles, grimpent sur les toits, descendent dans les bouches de métros, courent sur les rails des trains. Pourquoi cette envie boulimique de rattraper sans cesse la ville, de la marquer le plus possible ? Pour rien, justement. C’est là que réside toute la beauté

du graffiti. Chaque nuit, ils mettent leur vie en danger, pour ne rien gagner mais avec la possibilité de tout perdre. La gratuité du geste en fait un art qui n’a plus à se justifier. Je ne connais aucun autre secteur où l’homme se met dans des situations aussi extrêmes sans but lucratif. Les graffeurs ne perçoivent ni rémunération, ni reconnaissance ; toujours anonymes, ils agissent pour eux-mêmes, pour exister, pour faire vivre leur art. Leur but n’est pas de faire passer un message aux autres mais d’exister eux mêmes.

Ce film est un hommage à Cofre, jeune graffeur marseillais de 19 ans, qui nous a quitté il y a 3 mois, lors d’une chute sur le troisième rail d’une gare. Cofre. Ces cinq lettres ont envahi la ville. La ville entière restera marquée par son nom, il continuera d’exister comme une explosion de couleurs à chaque coin de rue. Il s’appelait Antoine et aura donné sa vie au graffiti.

C’est en rencontrant un jeune garçon qui allait plus tard devenir transformiste que je me suis intéressée à ce milieu si particulier et que j’ai commencé à entrevoir les points communs entre transformisme et graffitis, qui seraient le point de départ de ce film. Cet adolescent, lorsque je l’ai rencontré, était un garçon mal dans sa peau qui agaçait les autres par son excès apparent de confiance. Il a fini par trouver sa voie, par trouver un moyen de s’épanouir et de dépasser ses angoisses en devenant transformiste. C’est avec cette deuxième identité qu’il a stabilisé son identité, son rapport aux autres et à lui-même.

Ce qui m’a semblé flagrant et m’a donné envie de réaliser ce film, c’est le même amour et besoin de la nuit qui anime ces deux personnes : la nuit qui cache ; la nuit qui révèle. Je veux, à travers ce film, réunir deux mondes que tout semble opposer, deux univers peu et mal connus du grand public, souvent jugés hâtivement, et montrer qu’il suffit de changer son regard pour voir les choses différemment.

C’est un besoin de poésie qui m’anime sans cesse qui me donne envie de créer et de faire du cinéma. J’arrive à trouver de la poésie dans tout ce qui m’entoure. J’en ai besoin. Pour moi un boucher est un peintre au tablier maculé de rouge, et un grutier l’a choisi pour être au plus près des étoiles. Je cherche à montrer la poésie dans le quotidien, dans tout ce qu’il y a de plus trivial, dans la conversation nocturne entre ces deux protagonistes, dans leurs actes de toutes les nuits. La nuit me passionne : les lumières de la ville, la douceur de la lune, le silence de la nuit, les âmes qui se relâchent, on peut enfin être qui l’on veut. Avoir la chance de pouvoir montrer la ville de Marseille, ses habitants, son mélange, sa beauté est pour moi primordial. Je souhaite montrer la puissance de cette ville à travers la beauté de ces passions nocturnes hors normes.

Le film commence par la conversation entre les deux protagonistes, dans un bus, amorcée sans raison précise : ils se voient, semblent se reconnaître, se comprendre. En fait, ils se trompent mais ce quiproquo montre justement qu’ils ne sont pas si différents, qu’ils se reconnaissent, qu’ils se comprennent. Le dialogue oscille entre une impression d’oralité et une poésie assez détachée du réel. Nous sommes dans un échange absurde à la Jacques Prévert, comme un exercice de style expérimental. La poésie inondera cette séquence : un bus, lieu d’attente, de rencontre et de voyage, la nuit, les lumières de la ville et un échange poétique.

Puis, on suit la déambulation du graffeur, caméra à l’épaule, pour en faire son portrait à travers la ville qu’il recouvre de son nom. Grâce au stabilisateur, on soulignera la fluidité et la douceur de son parcours nocturne. Etant en basse lumière, nous jouerons souvent sur la profondeur de champ grâce aux éclairages nocturnes, nous le sublimerons. En hommage à Antoine, le protagoniste utilisera le blaze de Cofre. Nous filmerons ses fresques déjà présentes dans toutes les rues de Marseille. Pour les pièces supplémentaires, nous utiliserons des bombes de spray totalement effaçables. Beaucoup de gros plans (macros sur les mains, les bombes, le tracé), d’accélérations souligneront l’adrénaline de sa course, un montage rapide qui évoquera la multitude des lieux arpentés par le graffeur, le tout accompagné par une musique aux sonorités urbaines avec la présence de saxophone et des airs de hip-hop.

Le deuxième portrait, celui du transformiste, sera présenté par le biais d’un montage alterné. Le monde du transformiste nous apparaît à travers des gros plans : une bouche maquillée, des yeux fardés, des talons, etc. Les plans sont très doux, envolés, colorés, et certains sont des ralentis. Le raccord mouvement permet de faire le lien entre les deux univers, de les faire coïncider, de jouer sur les actions des deux temporalités afin de ne raconter plus qu’une seule histoire. Le piano accompagne la chanson du transformiste qui devient une mélodie suave et voluptueuse en accord avec ce qu’il se passe à l’image : le passage de la douceur de la poésie à un feu d’artifices soudain de couleurs, de lumières, de paillettes et de rythme.

Mes sources d’inspirations premières restent la ville dans laquelle je vis et grandis, mon entourage, la poésie et les lumières nocturnes des films Night Call, Lalaland, Midnight à Paris ou la série The Get Down

Réalisé par: Naïs Graziani
Soumis par: Ngraziani
Fr , 2018
Genre: Fiction , Social, Tous publics
Durée: 00:08:00
Langue: Français
sous-titre: Français
Production: Aucun
Support de tournage: HDTV
Relief: 2D
format d'image: 16/9
son: Stereo
Musique: Entièrement originale
Festival: Actif pour festival

Equipe

Roux Maxime Chef opérateur
Fouquet Quentin Compositeur
 

Voir le film

mdp : lanuit

https://vimeo.com/257537253

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